
J’ai été reçu par l’ambassadeur de France le 17 décembre dernier. Lecture…
Mon rencart étant pour 16h pile poile, je fais tout pour ne pas le rater et arrive donc 3h avant. Ca me laisse le temps de boire quelques bière et de peaufiner mon entrée en scène car, d’après ce que j’ai entendu par des potes, on ne parle pas n’importe comment à un ambassadeur, surtout si c’est celui de mes ancêtres.
Une bonne petite rasade de houblon plus tard, je suis fin prêt pour mon rendez-vous. De ce nouvel ambassadeur, je n’en connaissais rien d’Adam et Eve. Je l’avais juste déjà croqué dans un acien post pour railler la consule qui se la pétait trop à mon gout pour ne pas m’avoir octroyé un visa de 2 ans moi qui voyage tout le temps pour mes festivals de Bd.
16h- Ding dong je suis devant la guérite. Les vigiles comme à leur habitude ont l’œil mauvais comme si je venais demander la main de leur fille, me regardent. Je leur fait mon plus beau sourire banania et lâche : «Bonjour j’ai rendez-vous avec Moosieur l’ambassadeur, il m’attend. Monsieur Pahé ! »
Là, les mecs se mettent presqu’au garde à vous au su de mon nom. Ils me mangeraient même dans la main. « Ah monsieur Pahé ! Oui on sait ! On peut avoir un dessin ? ». Et mon cul c’est du poulet ?
Dans l’antre de l’ambassade. C’est grand à l’intérieur, il y a de nombreuses plaques « CD », je croise des bidasses de l’armée française arborant le drapeau gabonais et français. Certainement les mecs de la coopération militaire. De longues antennes sont sur le toit. Les diplomates c’est connu,çà aiment écouter. En plus l’ambassade de chez Barak Obama n’est pas loin… Vive les longues oreilles ! Il ya des caméras partout. J’ai une folle envie de faire un bras d’honneur au mec qui surveille, sûr qu’il va adorer la plaisanterie…
Les murs de l’ambassade ont étés surélevés et bardés de herses. C’est qu’ il n’y a pas longtemps, ca a encore chauffé entre Loubève et Paname. Les gabonais ont fait la gueule un moment, surtout quand dans des journaux français, de méchants journalistes à la solde d’une main obscure, se sont mis à tirer à boulets rouges sur le président Bongo adoré (sic). Ils ont osé révéler que Bongo Ondimba qui passe des fins de mois difficils alors que tout le monde sait qu’il est fauché (resic) avait de nombreux comptes en banques biens garnis comme les omelettes (re resic), pire, « malgré les accords de libre circulation signé à Libreville par Hortefeux entre les deux pays, les très chers compatriotes se faisaient expulser manu minitari de France comme de vulgaires mandjango alors que de nombreux français vivent comme des rois au Gabon et sans visa ». Mamooo!

La riposte ne s’est pas faite attendre, les Gabomas ont en guise de représailles fait une marche de soutien au « Guide éclairé, à leur arme du présent et du futur yaya Bongo » pis, de petits malins sont venus écrire des mots sympas sur le grand mur et plus tard pour montrer qu’ils en avaient, la partie gabonaise a renvoyé chez lui un sans papier falasien. Vive la réciprocité! Depuis les relations sont moins tendues…
Kim! J’ai pas le temps de consulter les bouquins sur la petite table devant moi, ni de croquer le gendarme qui m’a fait pénétrer dans le sas menant à la salle d’attente que Kim est là. Kim ? C’est le premier secrétaire et patronne de la com. Elle est cool et ressemble aux vahinés qui sont dans la pub « Oasis » avec Carlos. « Mais qu’est-ce que tu bois doudou dis donc ? » Oasis oasis hoo…
1er étage. Ca n’a pas trop changé ici. Je connais déjà les lieux, l’ancien ambassadeur Philippe Selz, m’avais reçu il y a kala kala, il y longtemps quoi. Il avait adoré une caric de moi le représentant lors de l’élection présidentielle de Sarko et avait demandé de l’avoir en cadeau…
Bureau des secrétaires. Et hop là, je griffonne vite un petit autographe à l’une d’elle qui a adoré Dipoula. La porte du chef des français du Gabon est à deux pas devant moi.
Kokoko ? « Entrez ! », lâche une voix derrière la porte. Je suis chez l’ambassadeur !
Chez l'amabassadeur. Le nouvel ambassadeur est plutôt discret en déco comme son prédécesseur. En général les ambassadeurs européens ne se prennent pas trop la tête, quelques meubles, un bureau, des chaises et une photo de Sarko accrochés font l’affaire. Chez nous, il faut le poster géant du Président. Plus elle est grande, plus on prouve qu’on l’aime.
Mr Roisin ne fait pas trop vieux. Je lui donne une bonne cinquantaine passée. Vive les épais sourcils et les cheveux poivre. Il me tend la main et me dit tout le bien entendu sur moi. Je le remercie par un akiba et lui montre comment on se salue au pays. Et hop, un grand « sambââ ». Je le serre dans mes bras et lui dis Mbolo ! « Bonjour ! » Il répond « Aime Bolo ». Je lui explique que ca signifie bonjour, il s’en excuse car cela ne fait pas longtemps qu’il est au Gabon ; du coup il est encore hyper excusé quand je lui apprend que l’on ne prononce pas le « M » de « Mbolo » !

Mon ancêtre ambassadeur est un passionné de bd. Il a des originaux de Hergé, connaît le papa de Thorgal… me demande comment je procède pour travailler, si j’encre, fais des crayonnés… les couleurs sont elles faites par ordinateur, comment sui-je arrivé au dessin, les problèmes rencontrés ? … Il veut en savoir ? Il en aura en veux tu en voilà: je lui parle de Bd au Gabon, on parle de Dipoula, de La vie de Pahé… mon travail il en avait entendu déjà parler. D’ailleurs dans son discours sur les droits de l’homme, il a fait un petit clin d’œil à mon boulot devant les ministres de la République. Et hop, dans les dents !
Alala le temps passe vite, on tchatche un peu bouffe gabonaise. Les « feuilles de manioc » ? Il ne connaît pas ! Le « poulet au niemboué » ? Il aimerait bien y goûter, aux « coupé coupé » aussi, la viande de bœuf braisée. Je ne sais pas qui est le chef cuistot de monsieur l’ambassadeur, mais il a du pain sur la planche.
Quelques photos plus tard, des dédicaces de Dipoula pour ses enfants, je quitte l’ambassadeur de France au Gabon. Akiba !