Nkok Akom. C’est ici où on peut trouver les pygmées les plus proches de la ville nous indique une femme qui décide aussi de nous emmener chez le chef de village qui habite une espèce de baraque super huppée. Dans celle-ci, il montre ses couleurs : pleins de posters de son fan number one : Omar bongo et toute une panoplie de message le louant sur les murs: Bongo l’homme fort hier, aujourd’hui et demain, le PDG, le parti au pouvoir sûr… On se présente au papa et lui expliquons (j’essaie de baragouiner un peu le fang) le but de notre visite. Il est surpris de savoir que nous venions d’aussi loin (depuis Bitam) pour venir rencontrer les
Bibayak (nom fang donné au pygmée).
« Ah les Bibayak,ils ne sont pas loin, venez ! ». Une vingtaine de mètres derrières les habitations du village, on arrive dans une espèce de petite clairière, c’est là où vivent les pygmées. Juste 3 baraques construites à la façons des fangs avec de la terre-battue; le chef explique que c’est
"grâce au savoir des fangs que les pygmées ne vivent plus dans leur maisons faites de feuilles et de branches ! " Un ange de l’Unicef passe apeuré devant tant d'idiotie! A première vue, je suis sidéré par leur isolement. Ici, apparemment on ne se mélange pas. Je demande au chef :
« mais pourquoi n’habitent-ils pas dans le village avec vous ? "Réponse du notable:
« Ils sont têtus et préfèrent rester entre-eux ! ». Un ange aux couleurs de l’Unicef s’enfuit de nouveau effrayé par ces nouvelles bonnes paroles !Le chef, d’un ton menaçant les appelle. Traduit du fang :
« Eh vous là, sortez de vos maisons. Vous avez de la visite ! ». Un à un de petits êtres apeurés sortent des cases. Des hommes, des femmes et des enfants. Le chef toujours menaçant et hurlant devant eux. Je m’avance vers une vieille mama qui me regarde et lui explique en fang la raison de notre visite. Elle semble en confiance. A cet instant, il n’y a vraiment pas envie de prendre de photo. Christophe me glisse à l’oreille qu’il se sent mal et refuse d’en prendre.
« Je me sens dans un zoo. C’est inadmissible ! ». Lui aussi ! Mais pourtant j’en prends une, histoire de raconter et de montrer ce qui se passe ici. J’imagine les brimades qu’ils doivent recevoir de la part des villageois. J’imagine…le pire !J’ai la larme à l’œil, ne sais quoi dire. J’appelle les femmes et leur remets un billet, Christophe fait de même avec les hommes, histoire que l’on puisse partager un verre ensemble ; Ils nous remercient. Le chef est-là, tel un vautour.
« Et moi, dit-il,
je n’ai rien ? ». Encore heureux que se soient-nous qui ayons fait le partage. Car c’est certain qu’une fois en possession du fric, mes compatriotes n’auraient rien reçu. L’ambiance est lourde. Très lourde, trop lourde. Le soleil commence à se coucher.
Nous devons partir avec le cœur gros comme çà; Le chef en bon blagueur :
« Et moi, vous ne me laissez-rien ? »
P.s: je ne sais pas combien de FCFa, L'UNiCEF alloue au gouvernement gabonais
pour l'intégration des pygmées mais je suis sidéré par ce que j'ai vu .